Brève#5

La scène se passe dans le bureau d’un éditeur. Il appelle un de ses auteurs au téléphone, dont il a présenté le dernier manuscrit au dernier comité de lecture de sa grande-maison-d’éditions.

L’ÉDITEUR : Ah oui, ils ont a-do-ré, c’est original, c’est puissant… Quelqu’un a dit que c’était l’épopée dont notre époque avait besoin… Mais bon, je ne te cache pas que certains sont passés complètement à côté… Oui, oui… Enfin bref : au final le texte a été refusé.

L’AUTEUR : Refusé ?! Mais pourquoi, s’ils ont tant aimé?

L’ÉDITEUR : Oui, ils ont aimé mais comment dire ?… Non, c’est pas ça. Au final ils ont trouvé ça… Ils ont trouvé ça trop… Attends, je relis mes notes… Trop… Voilà : trop littéraire.

Brève#4

La scène se passe dans le bureau d’une éditrice. Elle y reçoit un auteur pour lui faire son retour sur son dernier manuscrit. 

L’ÉDITRICE : Page 56 du manuscrit, tu écris : « Voulez-vous un verre de cognac ? ».

L’AUTEUR : Heu… oui.

Un temps.

L’ÉDITRICE : J’ai un changement à te demander.

L’AUTEUR : Vas-y, je t’en prie, les dialogues ce n’est jamais facile…

L’ÉDITRICE : Tu pourrais pas mettre à la place : « Voulez vous un verre d’alcool fort ? »

Brève#3

La scène se passe à la table d’un restaurant parisien où une éditrice a invité son auteur. 

L’ÉDITRICE : La moitié de mon métier consiste à leur sucer la bite, mais… (plus bas, sur le ton de la confidence) je hais les libraires. 

Brève#2

La scène se passe dans une rue de Saint-Germain des Près. Un éditeur marche à côté de son autrice, qu’il invite à déjeuner. Ils viennent de réviser les dernières épreuves du livre, la date de publication est fixée, ils sourient. Soudain, l’éditeur, marquant le pas :

L’ÉDITEUR : Bon maintenant, dis-moi : qu’est-ce que je dois dire pour vendre ton livre ?

Brève#1

La scène se passe avant une matinée de « présentation de la rentrée littéraire », dans un petit salon, où les auteurs attendent. Entre un représentant commercial. Il s’avance droit vers un primo-romancier.

LE REPRÉSENTANT COMMERCIAL : C’est vous, l’histoire des poubelles ?

LE PRIMO-ROMANCIER (tentant de sourire) : Heu… oui.

LE REPRÉSENTANT COMMERCIAL : Hé ben, ça va pas être facile à vendre !